17 avril 2011

Josh T Pearson : un divin qui nous emplit

Josh T Pearson, 16.04.11 Rennes

Après un album solo magnifique Josh T Pearson venait à Rennes en concert, dans un lieu peu plébiscité par les groupes habituellement : la chapelle du conversatoire. Il n'avait pas été facile de chroniquer son album, devant user d'un raccourci plutôt facile mais sincère alors cette fois pour le concert j'essaierais d'être plus expansif tâche difficile mais pour une fois que je ne choisis pas le chemin de la facilité...

Pour commencer tout le public était 'confortablement' assis sur la moquette, il y avait un petit effet ambiance cosy, un cadre qui pouvait tout à fait convenir à la soirée.

Les 2 premières parties ont été correctes : le premier, un jeune musicien du terroir rennais Ronan O Luasa, reprenant Nina Simone, Jerry Lee Lewis et Elvis d'une façon plutôt correct sans être pas transcendant... le concert a été très court et peu habitué à la scène le petit gars n'avait même pas joué assez longtemps et du faire un rappel non désiré.

Lisa Germano a ensuite enchaînée peu de temps après. Je me demandé durant les 1ères chansons si elle n'était pas stone sur scène tellement son univers et l'écriture de ses chansons avaient l'air particuliers. Un rythme et une diction plutôt originale, la demoiselle seule au piano failli me séduire. J'avais presque envie de me coucher par terre berçé par le carillon des notes et de m'enfermer, moi, seul avec l'univers de la demoiselle. C'est là que le bât blesse cela ne me plaît pas : si la musique doit me porter quelque part ce n'est pas dans les tréfonds sombres (ou pas) de mon conscient. La seule fois que j'ai ressenti cette impression -en pire- c'était durant un concert particulièrement triste et déprimant de Dominique A il y a quelques années. Ce n'était pas mauvais, mais ce n'était juste pas supportable... avec lui on avait pas eu le choix ; musique de perdition extrême ambiance de suicide. Pour revenir à Lisa Germano heureusement qu'il y avait des blondasses bavardes à côté de moi pour extirpé régulièrement mon attention de la scène.

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Des bavardages qui ont tout de suite cessé lorsque le texan est venu sur scène. Un silence de messe, très approprié dans une chapelle, durant les chansons ou il suffit de se laisser porter par la figure et la musique quasi-christique d'un homme seul avec sa voix et sa guitare. Avoir une décharge soudaine de frisson quand il éteint son ampli et finit sa complainte arpentant la scène projettant seul ses paroles à un auditoire conquis. Pearson avoue de lui-même sa satisfaction de jouer dans une église qui convient si bien à l'ambiance de ses chansons, cela accentue le lien entre le divin et les hommes et se mue en un cérémonial atypique. Il nous avait prévenu "parce que mes chansons sont tellement, mais tellement tristes que je dois vous faire rire avec des blagues pitoyables" et il avait eu raison : d'un simple "A l'aise blaise !" avec cet accent texan si marqué que l'on passait d'un extrême à un autre entre les chansons mais c'était surement la seule façon de supporter ce moment si beau et divin qu'un simple mortel n'aurait pu gerer. Oui, j'utilise des superlatifs qui ne vous parleront peut-être pas, cela était d'ailleurs la raison de n'avoir pas écrit une chronique poussée de son album.

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Josh T Pearson s'est ouvert à nous sans rechigner, pourtant l'avouant de lui-même la fatigue se montrait. Mais je crois que rien n'aurait pu gâché ce concert même avec les pires tuiles du monde. Rien n'aurait nous empêcher de profiter des ôdes des excuses de Josh T Pearson, je ne suis pas capable de dégager de chansons plus réussie que d'autres car il les a joués avec autant de coeur qu'il pouvait donner... mes préférées m'ont ravi l'âme la dernière chanson Country Dumb avant le faux rappel qui lui paraissait tellement simple mais tellement prenante. Un I'm sorry with a song autant touchant qu'en studio. Il nous a électrisés par son jeu, par sa guitare ses doigts qui ne semblaient plus vouloir s'arrêter de faire vibrer les cordes durant de nombreux moments tel Woman, When I've Raised Hell. Et le faux-rappel incongru, une reprise de Boney M qu'il mélange à l'une ses chansons, l'émotion paraît si fragile à composer, à capter et à se transmettre de la scène à emplir la salle qu'elle nous rend coi, nous époustoufle. On se sent petit et privilégiés. Le simple fait d'essayer d'écrire ou d'être même à ce concert pousse presque à bout de nos émotions, le concert n'était peut-être pas le meilleur qui aurait pu être donné mais l'expérience, elle, le vaut. Je ne peux pas parler de compensation car je considère que ça ne rentre plus dans ce cadre. On sent une sincérité, une générosité que l'on ne renconte pas tous les jours. Pour ses compositions Josh T Pearson n'a pas besoin d'avoir le jeu de scène d'un The Tallest Man On Earth pour faire vivre ses chansons, le charisme de Josh T Pearson les hantent, son talent les habitent il reste parfois sur une position immobile comme pour mieux se concentrer, centrer l'attention du spectateur sur ce qui est en train de se passer. Il faut le voir l'écouter et le vivre.


JP

J'ai donné tout l'argent que j'ai pu à Josh T Pearson -il en avait d'ailleurs blagué durant dans le set-. Après concert il fût tellement difficile de redescendre sur terre -et je crois que je n'étais pas le seul- que je n'ai pu aligné deux mots de suite quand il s'est présenté au stand, juste de quoi demander un autographe et une photo pour étrenner mon nouveau smartphone (qui a aussi donné ces photos médiocres ci dessus mais c'est mieux que rien).

 

Posté par Kaliayev à 03:42 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
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Commentaires sur Josh T Pearson : un divin qui nous emplit

    Je confirme, un instant exceptionnel d'une densité incroyable. J'ai peu (pas?) souvenir dans ma vie d'avoir déjà vécu en concert une expérience mystique semblable.

    Posté par Disso, 17 avril 2011 à 08:48 | | Répondre
  • Lisa

    Lisa Germano = "première partie correcte" de Josh T Pearson...?! Ca me fait penser à un article lu récemment sur Bert Jansch, qui avait été poliment ignoré voire copieusement sifflé par certains spectateurs mal informés, récemment, lors d'un concert américain en première partie de Neil Young...

    Je ne sais pas comment elle était ce soir-là, Lisa Germano, et j'avoue ne pas même avoir jeté une oreille à son dernier album, mais l'ensemble de sa carrière et de sa discographie, la singularité de son parcours, et sa personnalité plus qu'attachantes méritent un peu mieux que ces quelques lignes lapidaires à mon avis. Pour ma part, je l'ai découverte il y a déjà presque 16 ans en première partie d'un autre excellent concert, celui de Jeff Buckley à l'Olympia (le 2ème soir, celui du CD officiel) et je dois dire que sa performance était au moins au niveau de celle qui a suivi...

    Quant à Pearson, le disque me touche aussi beaucoup, du moins quand j'arrive à y entrer, et en concert, ça doit donner aussi...

    Posté par Pierrou, 28 mai 2011 à 20:15 | | Répondre
  • Bert Jansch sifflé ???!!! j'avoue que j'ai du mal à comprendre... L germano ne m'apparaissait pas avoir la même notoriété.
    Mais comprends moi bien je ne pense pas avoir dit que c'était mauvais je ne pensais pas avoir été aussi lapidaire j'ai peut-être été dur sur la fin du commentaire parce que l'ambiance de sa musique ne me convenait pas à ce moment. Je l'ai dit elle a des qualités pour porter sa musique mais c'est juste qu'elle a un univers bien à elle et que je n'ai pas voulu/réussi à rentrer dedans ce soir là ça m'a paru triste, ça emplissait de tristesse or ce n'est pas ce que je recherche de prime abord dans un concert ou du moins ce soir là.
    Après si elle est si bien que ça...n'aurait-elle pas du avoir le headline du concert au lieu de faire la 1ère partie ? Concernant les musiques folks je peux très souvent être sceptique je l'admets volontiers.

    Posté par Kaliayev, 28 mai 2011 à 22:42 | | Répondre
  • "Après si elle est si bien que ça...n'aurait-elle pas du avoir le headline du concert au lieu de faire la 1ère partie ?"

    Au creux de la vague elle a même carrément été obligée de prendre un boulot normal pour payer ses factures (comme Mark Ibold de Pavement qui était devenu serveur, paraît-il, quand Sonic Youth l'a engagé pour tenir la basse sur le dernier album). Mark Oliver Everett l'a remise en selle en lui demandant de jouer du violon sur la tournée Daisies of the Galaxy de Eels...

    Si les plus talentueux occupaient systématiquement la tête d'affiche et, tant qu'on y est, le haut des charts, je pense que ça se saurait...

    A part ça, ça fait des mois que j'étais pas passé par ici, et ma foi, ça fait toujours plaisir de le faire...

    Posté par Pierrou, 29 mai 2011 à 11:47 | | Répondre
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