12 avril 2011

Calvin Russell, son dernier exil.

 

Calvin Russell est mort le 2 avril dernier. Un décès peu médiatisé pour un grand musicien, un grand bluesman.

Townes Van Zandt et Willie Nelson -2 dieux de country américaine que j'apprécie toujours d'écouter, tiens la bonne country us ça mériterait un bel article- l'aimaient bien je me disons donc que ce serait bien de faire pareil. Pourtant je ne l'ai découvert qu'assez récemment lorsque j'ai remarqué qu'il écumait les salles françaises. En exil européen un peu forçé suite aux divers déboires qu'il a eu outre-atlantique : ancien taulard dans une prison fédérale américaine car ancien junkie qui s'est fait prendre, mais aussi ancien alcoolique et également ancien sdf. Maintenant on peut ajouter « ancien musicien » à ses attributs. La chose qui me surprend c'est que ce n'est que sur la fin qu'il a eu un succès mérité chez nous.

Le blues qu'il composait était particulier, il parvenait à se démarquer des standards du genre. A l'électrique Calvin Russell n'est pas un Mannish Boy tonitruant à la Muddy Waters -bon j'exagère il y aura toujours un solo ici et là bien baveux pour nous rappeller d'ou il vient- il ne pose pas ses solos ne sont pas endiablés, rapides ou techniques...il exprime un lyrisme simple mais pourtant l'on capte un sentiment profond derrière ces notes. Nombre de ses chansons sont plus sensibles qu'il n'y paraît dès lors qu'il dégaine sa guitare folk. Quand Calvin Russell chante le blues à travers un folk authentique, il ne se cache pas... il n'y a pas de raisons d'user d'artifices quand on veut simplement jouer et toucher les gens par la musique. Le blues devient alors acoustique, le son épuré : il excellait dans ce style. Il n'avait pas besoin d'être un excité du rock pour exprimer sa rébellion contre le monde. Calvin Russell était un rockeur dans l'âme mais il n'avait pas besoin d'en jouer pour exister. Quitte à ne pas jouer de la musique, quitte à faire de la prison. Mais Russell n'a jamais cherché les projecteurs ou les paillettes du show-business. C'est pourtant une des ses chansons qui sera utilisé pour le Mondial 94. C'est aussi une des démos apparemment médiocre qui parviendra à un producteur français qui sera d'emblée séduit par l'univers dégagé par sa musique alors que Russell est en Europe pour oublier-échapper aux troubles judiciaires qui plane au-dessus de lui.

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Il est décédé d'un cancer du foie. Peu étonnant vu le train de vie de rockeur qu'il menait -il n'y a qu'à remarquer son visage marqué, très buriné sur ses photos- on pourrait même presque dire qu'il l'avait cherché, mais ce n'est pas à moi de faire des jugements de la sorte. L'homme était un vrai personnage. Toujours affublé d'un chapeau que Charlie Winston a repris à son avantage quelque temps après...la chanson du jeune Winston « like a hobo » pourrait d'ailleurs presque servir d'hommage puisque l'on pourrait faire des croisements avec le parcours de Calvin Russell. Un des derniers artistes authentiques qui ne réfléchit pas à sa démarche, il la vit simplement sans chercher à être pompeux.

Je terminerais sur ceci : avoir une petite amie de 22 ans alors qu'on en a que 63 et qu'on est même pas un millionnaire russe...tout simplement rock'n roll.

Je ne suis pas un grand fan de ses productions studios où il y a une impression trop propre et dénaturé dans le son -c'est ce qui tue la plupart du temps les musiques blues- par contre en live on peut mieux capter la sensibilité que le vieux bonhomme avait.

Posté par Kaliayev à 01:11 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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